
L'Amphisbène est une créature mythologique fascinante, dont l'histoire et la symbolique ont évolué à travers les époques, de l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge et au-delà. Son nom vient du grec ancien amphisbaina, qui signifie "qui va dans les deux sens" ou "qui marche par les deux bouts", décrivant parfaitement sa caractéristique la plus singulière.
Origine antique :
Un serpent venimeux à deux têtes
L'Amphisbène est mentionné pour la première fois dans la mythologie gréco-romaine. Selon la légende, le premier Amphisbène serait né du sang qui a coulé de la tête tranchée de la Gorgone Méduse, lorsque le héros Persée la transportait au-dessus du désert de Libye. Ce lien avec Méduse l'associe d'emblée à un danger mortel.
Les auteurs antiques, notamment le poète Lucain et Pline l'Ancien, le décrivent comme un serpent venimeux possédant une tête à chaque extrémité de son corps. Pour Pline, une seule tête ne suffirait pas à déverser tout son venin. Ces auteurs insistent sur sa capacité à se déplacer aussi bien en avant qu'en arrière. Il est dit que lorsqu'une de ses têtes dort, l'autre reste éveillée pour la protéger, ce qui en fait une créature très difficile à surprendre.
Le Moyen Âge :
De la bête à l'allégorie
C'est au Moyen Âge que l'Amphisbène gagne en popularité et se transforme. Il apparaît fréquemment dans les bestiaires médiévaux, des ouvrages qui décrivaient des animaux réels et fantastiques en y ajoutant des interprétations morales et religieuses.
Dans ces récits, l'Amphisbène est souvent représenté avec des pattes et des ailes, se rapprochant ainsi du dragon. Sa double tête acquiert une symbolique plus riche. Elle est parfois interprétée comme :
Un symbole de la dualité et de la tromperie : La créature représente ceux qui sont hypocrites ou qui parlent d'une double bouche, disant une chose et en pensant une autre.
Le Bien et le Mal :
Dans les bestiaires christianisés, les deux têtes peuvent représenter des forces opposées, comme le Christ et Satan, ou le bien et le mal. Le fait que l'Amphisbène se morde parfois la queue pour former un cercle est parfois vu comme un symbole de la fin des temps ou du cycle sans fin de la vie.
Le courage et la victoire :
Paradoxalement, l'Amphisbène était aussi utilisé sur certains blasons, comme celui de la famille Baillet en France, pour symboliser la victoire du bien sur le mal ou le courage des chevaliers à affronter les dragons.
Propriétés médicinales et folklore
Le folklore attribue également à l'Amphisbène de mystérieuses propriétés médicinales et magiques, notamment en Europe et en Afrique du Nord. La créature, ou des parties de son corps, était censée :
L'Amphisbène dans la culture moderne
Aujourd'hui, l'Amphisbène a donné son nom à un groupe de reptiles réels, les Amphisbéniens (sous-ordre des Amphisbaenia), des animaux fouisseurs dont la tête et la queue sont très semblables, ce qui leur donne l'apparence d'une créature à deux têtes.
Dans la littérature, la poésie et les jeux vidéo, la créature mythologique continue d'apparaître, souvent avec sa symbolique de duplicité ou de cycle. On peut la retrouver dans les œuvres de poètes comme John Milton ou Alfred Tennyson, et elle reste un élément récurrent dans les bestiaires fantastiques.