

L'histoire des fantômes est aussi ancienne que celle de l'humanité, car elle est intrinsèquement liée à notre rapport à la mort, au deuil et à l'au-delà. Le concept de "fantôme" a évolué au fil des siècles, se transformant d'une figure religieuse et spirituelle en un archétype de la culture populaire.
Dans les civilisations antiques, l'idée que l'âme des morts peut revenir sur Terre est largement répandue.
Égypte ancienne :
Les Égyptiens croyaient que l'âme (ba) pouvait se déplacer entre le royaume des morts et celui des vivants. Les défunts pouvaient revenir pour aider ou, au contraire, nuire à leur famille s'ils n'étaient pas correctement enterrés ou vénérés.
Grèce et Rome :
Les fantômes, ou larves et lémures, étaient souvent considérés comme les âmes des morts qui n'avaient pas trouvé le repos. Ils pouvaient être des esprits errants, des âmes tourmentées par une mort violente ou une injustice. Ils étaient à la fois craints et vénérés, car ils pouvaient délivrer des prophéties ou tourmenter les vivants (on pense à l'histoire de Pline le Jeune sur la maison hantée d'Athènes).
Avec l'avènement du christianisme, le concept des fantômes s'adapte à la nouvelle doctrine.
Le Purgatoire :
L'Église médiévale développe la théorie du Purgatoire, un lieu où les âmes peuvent être purifiées avant d'accéder au paradis. Les fantômes sont alors souvent perçus comme des âmes du Purgatoire, revenant sur Terre pour demander aux vivants de prier pour leur salut, d'expier leurs péchés ou de corriger une injustice. Ils peuvent apparaître pour révéler l'emplacement d'un trésor ou d'un testament.
Les damnés :
D'autres esprits sont considérés comme des revenants damnés, des démons ou des entités maléfiques. La distinction entre un fantôme d'un défunt et une entité démoniaque devient un enjeu théologique. Des pratiques d'exorcisme et de prières se développent pour apaiser ou chasser ces esprits.
À partir du XVIIIe siècle, la figure du fantôme entre dans l'âge d'or de la littérature gothique.
Les fantômes deviennent un élément essentiel des romans et des nouvelles d'horreur. Ils sont la manifestation du passé qui hante le présent. Ils reviennent pour révéler des secrets de famille, venger un crime ou terroriser les coupables. Le fantôme de chaînes, souvent vêtu d'un linceul blanc, devient un archétype iconique (pensons au Un Chant de Noël de Charles Dickens).
L'attrait pour le surnaturel :
Au XIXe siècle, l'intérêt pour le spiritualisme et les sciences occultes explose. Les séances de spiritisme se multiplient et le fantôme est perçu non plus seulement comme une figure de croyance, mais comme un sujet d'étude et d'expérience.
Le fantôme ne se limite plus à l'horreur. Il devient un personnage multifacette de la culture populaire.
Au cinéma et à la télévision :
Le fantôme est tantôt une figure de terreur (Les Autres, Poltergeist), tantôt un personnage comique (SOS Fantômes) ou romantique (Ghost). Il incarne la mémoire, le secret ou la nostalgie.
Nouvelles interprétations :
Le fantôme est souvent un esprit qui n'a pas pu faire son deuil ou une âme prisonnière qui cherche à communiquer avec les vivants pour trouver la paix. Le concept de "fantôme" s'étend également à la psychologie : il peut symboliser un traumatisme non résolu, un "fantôme" qui nous hante, comme dans la théorie psychanalytique du fantôme familial.
En conclusion, le fantôme est un concept universel qui a su s'adapter aux croyances de chaque époque. Il incarne notre fascination et notre peur de la mort, notre désir d'une connexion avec ceux qui ne sont plus là, et notre conscience que le passé, bon ou mauvais, peut toujours revenir nous hanter.