

L'histoire des fées est un voyage fascinant à travers les cultures et les époques, témoignant de l'évolution des croyances et de l'imaginaire collectif. D'anciennes déesses du destin à de minuscules créatures ailées, leur mythe a été constamment réinventé.
Le terme "fée" dérive du latin fata, pluriel de fatum qui signifie "destin". Les fées étaient donc à l'origine liées au destin et à la prophétie, un rôle que l'on retrouve dans la mythologie romaine avec les Parques et chez les Grecs avec les Moires, des divinités qui filaient, mesuraient et coupaient le fil de la vie.
Les racines les plus profondes des fées se trouvent cependant dans le folklore celtique, notamment en Irlande, en Écosse et en Bretagne.
Les Tuatha Dé Danann :
Dans la mythologie irlandaise, les fées sont souvent considérées comme les descendants des Tuatha Dé Danann ("Peuple de la déesse Danu"), une race divine qui s'est retirée dans les tertres et les collines (les sidh) après l'arrivée des humains. Ce "petit peuple" vivant dans un Autre Monde parallèle est à l'origine de l'idée d'un royaume féerique.
Les esprits de la nature :
Elles étaient également perçues comme des esprits de la nature, liés aux sources, aux forêts et aux montagnes. Elles pouvaient être bienveillantes, accordant bénédictions et fertilité, ou dangereuses, attirant les mortels dans leur monde pour les ensorceler.
Au Moyen Âge, le christianisme cherche à intégrer ou à déformer ces croyances païennes. Les fées sont alors parfois vues comme des anges déchus, ni assez bons pour être au Ciel, ni assez mauvais pour être en Enfer. Elles deviennent des créatures ambivalentes et mystérieuses.
L'Âge d'or du roman courtois :
C'est dans la littérature médiévale que les fées acquièrent une place de choix. Des figures emblématiques comme la fée Viviane (la Dame du Lac) et Morgane (Morgane la Fée) dans les légendes arthuriennes incarnent la puissance de la magie et la dualité de la nature féminine. Mélusine, une fée maudite se transformant en serpent chaque samedi, est un autre exemple célèbre de cette époque.
Des êtres puissants et proches des humains :
Les fées médiévales sont souvent de taille humaine, d'une grande beauté, et sont capables de se mêler aux mortels, de tomber amoureuses de chevaliers, ou d'élever des héros. Elles sont à la fois des éducatrices, des protectrices, mais aussi des figures de vengeance et de sortilèges.
L'image de la fée change radicalement à partir du XVIIe siècle, notamment avec l'émergence des contes de fées comme genre littéraire.
La fée marraine :
Des auteurs comme Charles Perrault et les frères Grimm transforment la fée en un personnage moralisateur. La fée marraine devient l'archétype de la bonne fée, une figure protectrice et bienveillante qui vient en aide aux héros et leur offre des dons. Elle incarne la justice et la vertu.
La miniaturisation :
Parallèlement, notamment sous l'influence de la littérature anglaise et de Shakespeare, la fée se "miniaturise". Elle devient une petite créature ailée, aérienne et délicate. Cette image, popularisée au XIXe siècle, est souvent associée à la nature et aux fleurs, loin des figures imposantes des légendes celtiques.
La culture populaire du XXe et XXIe siècle a réinvesti le mythe des fées, piochant dans toutes leurs incarnations passées.
Disney et la fée marraine :
Walt Disney a popularisé l'image de la fée marraine avec des films comme Cendrillon ou la Belle au bois dormant, ancrant définitivement cette figure bienveillante dans l'imaginaire collectif.
Retour à la dualité :
Dans la littérature fantastique, les fées retrouvent leur complexité originelle. Dans des œuvres comme celles de J.R.R. Tolkien, les elfes (cousins mythologiques des fées) sont des êtres nobles et anciens. D'autres auteurs explorent la dualité et la dangerosité des fées, les décrivant comme des êtres amoralement étrangers aux préoccupations humaines. Elles peuvent être à la fois fascinantes et terrifiantes.
Un symbole d'émancipation :
Plus récemment, les fées sont devenues un symbole de rébellion et d'émancipation, notamment dans la littérature féministe et les contes réinventés, où elles rejettent le rôle de simples adjuvants pour devenir des personnages puissants et indépendants.
En somme, les fées ont évolué d'entités primordiales liées au destin pour devenir des personnages complexes de la littérature, avant d'être à la fois simplifiées en figures de conte de fées et réhabilitées dans leur ambivalence par la culture fantastique contemporaine.