

Le mermecolion est une créature chimérique née d’une erreur de traduction biblique, devenue un symbole des paradoxes dans les bestiaires médiévaux.
Origine du mermecolion
Le mermecolion (ou myrmécoléo, formicoleon, fourmi-lion) est décrit comme ayant la tête d’un lion et le corps d’une fourmiSon nom vient d’une mauvaise traduction de la Septante (version grecque de la Bible). Le mot hébreu layish (« lion ») fut transformé en un terme étrange évoquant une « fourmi-lion »Les auteurs antiques comme Élien et Strabon mentionnaient déjà des lions arabiques appelés myrmex (« fourmi » en grec), ce qui a renforcé la confusion .
Dans les bestiaires médiévaux
Le mermecolion apparaît dans le Physiologos, texte fondateur des bestiaires chrétiens.
On y explique que la partie « lion » mange de la viande, mais que la partie « fourmi » ne peut la digérer. Résultat : l’animal est condamné à mourir de faim . Cette image illustre une leçon morale : une nature contradictoire mène à la destruction. Le mermecolion devient ainsi une métaphore de l’âme partagée entre deux tendances incompatibles .
Symbolisme et interprétations
Dans la pensée médiévale, le mermecolion incarne l’hybride impossible, voué à l’échec.
Il est parfois vu comme une allégorie du pécheur : attiré par la force et la grandeur (lion), mais prisonnier de la petitesse et de la faiblesse (fourmi).
Flaubert, dans son Manuel de zoologie fantastique (repris par Borges), le décrit de façon encore plus étrange : « Lion par devant, fourmi par derrière, et dont les génitoires sont à rebours » .
Transmission et héritage
Il témoigne de la manière dont une erreur linguistique peut engendrer tout un imaginaire mythologique.
Aujourd’hui, il est étudié comme un exemple fascinant de la création de chimères par la culture médiévale, à la croisée de la philologie, de la zoologie et de la théologieEn résumé, le mermecolion est moins une « créature réelle » qu’un symbole né d’un mot mal traduit, devenu une figure morale et poétique dans les bestiaires. Il illustre la fragilité des hybrides impossibles et la puissance de l’imaginaire médiéval.