

Le vampire est sans doute la créature mythologique la plus emblématique de la culture moderne, mais son histoire est loin de se limiter au comte Dracula. Sa figure a évolué de manière spectaculaire, passant d'un cadavre putréfié de la superstition paysanne à l'aristocrate séducteur du XIXe siècle, puis au héros romantique de la pop culture.
Les premières légendes de vampires proviennent du folklore slave et d'Europe de l'Est (notamment de Roumanie, de Serbie et de Bulgarie) aux XVIIe et XVIIIe siècles. L'idée d'un mort qui se relève pour se nourrir des vivants était un moyen d'expliquer les épidémies, les maladies et la décomposition des corps.
À l'époque, le vampire n'était pas un personnage élégant. C'était un cadavre gonflé, au teint rougi ou bleui, qui sortait de sa tombe pour s'attaquer à sa famille et à son village. Il était souvent le corps d'une personne qui avait eu une mort impie (suicide, sorcellerie) ou dont le corps n'avait pas été correctement enterré. Les villageois cherchaient des signes de vampirisme lors d'exhumations, comme la présence de sang sur les lèvres du défunt, et utilisaient des méthodes pour le neutraliser : lui couper la tête, lui planter un pieu dans le cœur, ou incinérer le corps.
Au XVIIIe siècle, une véritable "panique vampirique" a balayé l'Europe de l'Est, conduisant à des enquêtes officielles et à des publications universitaires. C'est le début de l'ère où le vampire passe du folklore à la littérature.
Dracula : Le mythe atteint son apogée en 1897 avec la publication de Dracula, de Bram Stoker. L'auteur irlandais synthétise tous les éléments du mythe : les origines transylvaniennes, les pouvoirs de métamorphose (en chauve-souris, en brouillard), l'immortalité et la malédiction, et les faiblesses face à la lumière du jour, l'ail et les objets sacrés. Le comte Dracula est le vampire tel que nous le connaissons le mieux : un seigneur sombre, un prédateur intelligent et un symbole de la séduction et de la décadence.
Au XXe et XXIe siècles, le vampire a continué d'évoluer, notamment grâce au cinéma.
Le cinéma d'horreur a popularisé deux archétypes. Nosferatu (1922) de F. W. Murnau reprend l'image effrayante et bestiale du folklore, tandis que Bela Lugosi dans Dracula (1931) cimente l'image du vampire aristocratique à l'accent charmant.
Le vampire tourmenté :
Les romans d'Anne Rice, à partir d'Entretien avec un vampire (1976), transforment à nouveau le mythe. Ses vampires ne sont plus de simples monstres, mais des êtres philosophiques et torturés par leur immortalité, la solitude et leur nature.
Le héros romantique :
Dans la culture populaire récente, le vampire est souvent l'objet d'une romance. Des œuvres comme Twilight ou Vampire Diaries en font des figures complexes, qui peuvent être des amis, des amants ou des protecteurs, et dont la nature surnaturelle est moins une malédiction qu'une source de pouvoir et de séduction.
Aujourd'hui, le vampire continue de hanter l'imaginaire collectif, passant du statut de créature répugnante et maudite à celui de héros complexe et glamour.